Northern Lights
L'aurore boréale et une lune brillante partagent le même ciel hivernal au-dessus de la neige et des collines basses, près de Tromsø

Ce que les gens pensaient que ces lumières étaient

Les âmes des défunts, un renard courant sur la neige, des esprits jouant au football avec un crâne de morse. Et une croyance qui a été rejetée pendant des siècles avant de s'avérer être juste.

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Chaque culture vivant sous l'aurore a trouvé une explication, et ces explications diffèrent de manière révélatrice. Certaines parlent des morts. D'autres parlent des animaux. Presque toutes comportent un avertissement, qui te révèle quelque chose sur la façon dont ce phénomène était perçu : non pas comme un simple spectacle, mais comme quelque chose doté d'intentions.

Sami : la lumière que tu peux entendre

Les Samis du nord de la Scandinavie appellent l'aurore guovssahas, ce qui se traduit à peu près par la lumière que l'on peut entendre.

Dans la tradition sami, ces lumières étaient associées aux âmes des défunts et on les traitait avec une grande prudence. Il ne fallait pas siffler, faire des gestes ou attirer l'attention sur soi pendant qu'elles étaient visibles. Si tu faisais cela, tu risquais que les lumières te remarquent, descendent et t'emportent. Les enfants, en particulier, étaient gardés à l'intérieur pendant les manifestations les plus intenses.

Ce nom a suscité l'intérêt des chercheurs, car des témoignages de sons accompagnant les aurores persistent depuis des siècles, et ont généralement été considérés comme de simples illusions. Il est peu probable que des sons provenant d'une source située à cent kilomètres d'altitude puissent atteindre le sol de manière audible.

Ensuite, en 2012, une équipe dirigée par Unto K. Laine de l'université Aalto en Finlande a enregistré les sons et a localisé leur source à environ 70 mètres au-dessus du sol. Un article ultérieur a établi un lien entre ces sons et une couche de température inversée : des charges s'accumulent dans cette couche les nuits froides et calmes, et l'activité géomagnétique les décharge, produisant de faibles craquements et grésillements.

Donc, le folklore avait raison sur le fait, mais il s'est trompé sur le mécanisme. Le son est bien réel. Il ne provient pas de l'aurore elle-même, mais de l'air juste au-dessus de ta tête.

Finlande : feux de forêt

Le mot finlandais pour l'aurore est revontulet, ce qui signifie littéralement feux de renard.

L'histoire raconte qu'un renard arctique court à toute vitesse à travers les montagnes, et sa queue, en heurtant la neige, projette des étincelles dans le ciel. Dans certaines versions, le pelage du renard frotte la pente de la montagne, et le frottement enflamme le ciel.

C'est l'explication la plus joyeuse de toutes celles qui circulent dans le nord, et elle est encore visible aujourd'hui dans l'image de la Finlande et dans son secteur du tourisme. Parmi tous les mots utilisés pour décrire les aurores, c'est celui qui a le mieux traversé le temps.

Inuit : un jeu utilisant un crâne de morse

Parmi certains groupes inuits, l'aurore boréale est appelée aqsarniit, ce qui a été traduit par joueurs de football. Les lumières sont les esprits des défunts qui jouent à un jeu dans le ciel, en utilisant un crâne de morse comme balle.

Il existe des versions où le morse est celui qui donne des coups de pied, et où le ballon est un crâne humain, ce qui donne une interprétation beaucoup plus sombre du même ciel.

L'élément récurrent dans les traditions inuites, comme dans celles des Samis, est que ces lumières sont les esprits des défunts et qu'ils peuvent vous entendre. L'idée de siffler pour les attirer est présente dans plusieurs récits, parfois comme quelque chose que l'on demandait aux enfants de faire, parfois comme quelque chose auquel ils étaient avertis de ne pas céder.

Norse : une armure et un pont

Les traditions nordiques attribuaient à l'aurore deux interprétations liées. Dans l'une, les lumières sont des reflets provenant des armures et des boucliers des guerriers tombés, escortés vers Valhalla. Dans l'autre, elles représentent Bifröst, le pont enflammé qui relie le monde des hommes au monde des dieux.

Les deux phénomènes méritent d'être remarqués pour ce qu'ils ne sont pas. Il n'y a aucun avertissement associé, et aucune indication que les lumières soient dangereuses ou qu'elles puissent vous affecter. Là où les traditions sami et inuit considèrent l'aurore comme quelque chose qu'il faut éviter de provoquer, la version nordique s'apparente davantage à une garde d'honneur militaire.

L'aurore et la lune au-dessus d'un paysage hivernal
Un ciel qui a donné lieu à quatre explications totalement différentes, provenant de quatre peuples qui vivaient tous sous le même ciel. · Freepik

De présage à outil

Comment cette explication a évolué, et il y a combien de temps.

Les origines

  1. Depuis l'Antiquité

    Des documents écrits sans explication

    Les chroniques chinoises et japonaises relatent des phénomènes lumineux inhabituels dans le ciel au fil de nombreux siècles, souvent interprétés comme des présages. Les observations sont précises, mais les interprétations sont souvent empreintes de considérations politiques.

  2. 1619

    Le nom arrive

    L'expression "aurore boréale", qui combine le nom de la déesse romaine de l'aube et le nom grec du vent du nord, entre en usage en Europe. On attribue traditionnellement cette expression à Galilée, bien que cette attribution soit contestée.

La croissance

  1. Septembre 1859

    L'événement Carrington

    La tempête géomagnétique la plus forte jamais enregistrée. Des aurores ont été observées aussi loin au sud que les Caraïbes, et les opérateurs de télégraphe entre Boston et Portland ont déconnecté leurs batteries et ont travaillé pendant deux heures en utilisant le courant induit par la tempête dans les câbles.

  2. De 1896 à 1913

    Birkeland est moqué

    Le physicien norvégien Kristian Birkeland propose que les aurores soient causées par des particules chargées provenant du soleil, guidées vers la Terre par le champ magnétique terrestre, et il démontre cette théorie avec une sphère magnétisée dans une chambre à vide. Cette idée est largement rejetée.

  3. Années 1960

    Satellites résolvent le problème

    Les engins spatiaux mesurent directement le vent solaire et les courants qui circulent dans la magnétosphère. Il s'avère que Birkeland avait raison, environ cinquante ans après avoir été écarté, et des décennies après sa mort.

Aujourd'hui

  1. Janvier 2016

    Les passionnés y trouveront toujours quelque chose de nouveau

    Un groupe Facebook de photographes de l'aurore boréale en Alberta a documenté une bande mauve qui se comporte différemment de toute autre aurore. En collaboration avec des chercheurs, il a été identifié comme un phénomène de dérive ionique subaurale, appelé STEVE, et il a été démontré qu'il s'agissait de quelque chose que des instruments avaient mesuré, mais que personne n'avait jamais vu consciemment.

Pourquoi il est utile de conserver les anciennes explications

Il serait facile de considérer tout cela comme quelque chose de charmant et dépassé. La recherche de Laine est la preuve du contraire. La conviction que les Européens considéraient comme de la superstition pendant des siècles décrivait en réalité un phénomène acoustique réel que personne n'avait pris la peine de mesurer, et il a fallu attendre 2012 pour que quelqu'un l'étudie sérieusement.

Les personnes qui vivaient sous ce ciel chaque hiver pendant des milliers d'années observaient attentivement. Leurs modèles de ce qui se passait étaient erronés. Leurs observations, elles, étaient souvent justes, et la différence entre ces deux choses est importante à retenir.

Questions sur les histoires

Peux-tu vraiment entendre les aurores boréales ?

Parfois, dans les nuits froides et calmes, on peut entendre un son très faible, qui semble provenir d'une hauteur d'environ 70 mètres, et non pas directement de l'aurore elle-même. La plupart des gens n'entendent jamais ce son, et toute excursion qui promet de l'entendre exagère probablement ce qu'elle peut offrir.

Est-ce que siffler devant les aurores boréales porte malheur ?

Dans les traditions sami et dans certaines traditions inuites, oui, et les avertissements de ne pas attirer l'attention sur soi sont très courants. Si tu respectes cela, c'est entre toi et le ciel.

Galilée a-t-il donné le nom d'aurore boréale à ce phénomène ?

C'est l'attribution traditionnelle, mais elle est sérieusement contestée, et Pierre Gassendi est également parfois crédité. Quoi qu'il en soit, le nom date d'environ 1619.

Y a-t-il aussi des légendes dans l'hémisphère sud ?

Oui. La tradition maorie inclut l'aurore australe comme des feux allumés par les ancêtres qui ont voyagé vers le sud, et les traditions aborigènes australiennes du sud en font également mention, souvent en la reliant au feu ou aux esprits.

L'écrit, et son utilité

En Europe du Nord, on racontait des histoires sur ces lumières. En Asie de l'Est, on les a consignées par écrit, avec des dates, et il s'avère que cela s'est révélé scientifiquement utile, d'une manière que personne n'avait prévue.

Les chroniques des cours chinoises et japonaises ont enregistré des phénomènes atmosphériques inhabituels sur de nombreux siècles, car ces événements étaient interprétés comme des présages, et les présages étaient une affaire d'État. Les observations sont souvent très précises : la couleur, la direction, la durée, et parfois la forme. Les interprétations sont de nature politique plutôt que scientifique, mais ce n'est pas cet aspect qui est important aujourd'hui.

Les chercheurs ont réexaminé ces chroniques spécifiquement pour identifier des observations potentielles d'aurores, car une observation datée provenant d'une latitude connue constitue une preuve de l'étendue de l'ovale aurore, ce qui donne une indication de l'intensité de la tempête. Combinées à d'autres données, ces observations permettent de remonter beaucoup plus loin dans le temps, bien au-delà de l'époque des instruments de mesure.

Ce n'est pas simple. Une lueur rouge dans un récit pourrait être une aurore boréale, un halo lunaire, ou un incendie, et les articles consacrent une grande partie de leur contenu à débattre de ce qu'il pourrait être. Mais le principe est bon, et c'est le même principe sur lequel ce site fonctionne, mais à une échelle beaucoup plus petite : quelqu'un a noté ce qu'il a vu, donc nous pouvons vérifier.

L'Europe a sa propre version. La Chronique anglo-saxonne et divers annales médiévaux contiennent des descriptions du ciel qui évoquent des aurores boréales, généralement accompagnées d'une interprétation sur la catastrophe qu'elles annonçaient.

L'autre bout du monde

L'aurore australe se produit simultanément avec l'aurore boréale, comme un reflet à travers l'équateur, et les cultures situées en dessous ont développé leurs propres explications.

Dans la tradition maorie, les aurores australes sont associées aux feux allumés par les ancêtres qui ont voyagé vers le sud, un souvenir des navigateurs dans les eaux froides signalant leur retour. Plusieurs traditions aborigènes australiennes, dans le sud du continent, font également référence à ces lumières, qui sont généralement associées au feu, et dans certains récits, aux esprits.

Ce qui est frappant, c'est à quel point les deux hémisphères sont arrivés, indépendamment l'un de l'autre, aux mêmes deux idées : le feu et les morts. Les Samis voyaient des âmes, les Inuits voyaient des esprits jouer, les peuples nordiques voyaient des guerriers tombés, et de l'autre côté de la planète, les associations sont les mêmes.

Cette convergence ne semble probablement pas être une simple coïncidence. Une lumière silencieuse et mobile dans le ciel, qui apparaît sans prévenir et qui ne ressemble en rien aux phénomènes météorologiques, suggère exactement deux interprétations : quelque chose qui brûle, ou quelqu'un qui se trouve là. Les deux étaient des déductions logiques basées sur les éléments disponibles, et il a fallu attendre le XXe siècle pour découvrir la véritable explication, qui est bien plus étrange que l'une ou l'autre de ces hypothèses.

Sources

  • Recherche sur les sons auroraux : Unto K. Laine, Université Aalto, dont l'équipe a localisé la source des sons auroraux à environ 70 mètres au-dessus du niveau du sol et les a liés à des décharges à travers une couche de température inversée. Résumé de l'Université Aalto : les aurores boréales peuvent être entendues même lorsqu'elles ne peuvent pas être vues.
  • Les traditions sami, finlandaises, inuites et nordiques, issues de sources folkloriques nordiques et arctiques publiées. Les termes sami guovssahas et le terme finlandais revontulet (feux de renard) sont des expressions courantes.
  • Chroniques historiques : Des phénomènes auroraux potentiels ont été répertoriés à partir de documents de la dynastie Song chinoise et des chroniques japonaises Rikkokushi, et ont été utilisés comme preuves de l'activité solaire passée.
  • Kristian Birkeland, dont la théorie de 1896 et les expériences de terrella de 1901 ont été rejetées pendant des décennies, et qui ont été confirmées par des mesures effectuées par des engins spatiaux dans les années 1960. Consulte notre page sur ce qui provoque les aurores.
  • STEVE: MacDonald, E. et al. (2018), Science Advances, doi 10.1126/sciadv.aaq0030, suite aux observations des Alberta Aurora Chasers.
  • Origine du nom : L'expression aurora borealis date d'environ 1619 et est traditionnellement attribuée à Galilée, une attribution qui est contestée, et à laquelle Pierre Gassendi est également associé.

Données vérifiées le. Folklore provenant de sources nordiques et arctiques publiées. Recherches sur les sons auroraux : Laine, Université Aalto, 2012 et 2016. La réhabilitation de Birkeland est documentée dans l'histoire de la géophysique.

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